Suspendre "temporairement" la collecte des Certificats d'économies d'énergie (CEE), allègerait la facture à la pompe de "15 à 20 centimes par litre".
( AFP / ERIC CABANIS )
Les distributeurs de carburants ont dénoncé mercredi 15 avril le projet du gouvernement d'encadrer leurs marges , pointant une atteinte à la "liberté d'entreprise" et une "erreur technique grave". Ils proposent plutôt de suspendre temporairement les certificats d'économies d'énergie, ce dispositif qui permet aux particuliers de percevoir des aides financières de la part de fournisseurs d'énergie pour s'équiper en pompes à chaleur, isoler leur logement ou passer à la voiture électrique.
Dans une lettre envoyée au Premier ministre et consultée mercredi par l' AFP , les patrons des principaux distributeurs dénoncent un texte "injuste, inapplicable et illégal".
"Ça devient insupportable de prendre des décisions dans l'urgence, sans concertation avec les acteurs économiques, et surtout qui ne va rien produire", s'est agacé Thierry Cotillard, patron du Groupement Mousquetaires/Intermarché, mercredi sur franceinfo , dénonçant une "caricature technocratique" .
Le projet de décret en question, consulté mardi par l' AFP , vise notamment à "éviter des effets d'aubaine", selon la fiche de présentation du projet de texte qui doit être soumis à l'avis du Conseil national de la consommation et du Conseil d'Etat. Selon une source gouvernementale, ce texte d onne la possibilité au gouvernement de plafonner les marges des distributeurs , mais il ne s'agit pas en tant que tel d'un plafonnement des prix à la pompe, qui eux resteront variables en fonction de l'évolution des cours des produits raffinés.
Le projet de décret prévoit notamment que le prix de vente autorisé soit fixé en tenant compte du prix de référence quotidien de l'essence ou du gazole calculé sur la moyenne lissée des 5 derniers jours (ou 5 dernières cotations) sur le marché de Rotterdam.
Les distributeurs pointent ici "une erreur technique grave", car le prix glissant sur cinq jours "décorrèle le prix de référence réglementaire du coût réel du carburant en cuve", ce qui aurait pour conséquence de contraindre les distributeurs à "vendre à perte". Ce serait une "atteinte directe" à leur "liberté d'entreprise", font valoir dans leur missive datée de mardi les dirigeants de Carrefour, Auchan, Intermarché, Leclerc et Coopérative U, soit les cinq premiers distributeurs français.
"Et, paradoxe absolu, ce mécanisme de prix administré ralentira la transmission des baisses aux consommateurs , soit l'exact inverse de l'objectif affiché", ajoutent les mêmes dirigeants.
En lieu et place de ce texte, les distributeurs proposent de suspendre "temporairement" la collecte des Certificats d'économies d'énergie (CEE) , qui représente "15 à 20 centimes par litre" sur le prix du carburant.
Des marges de 1 à 2 centimes par litre
Pour Olivier Gantois, président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip), l'idée du gouvernement est au contraire "louable". Il s'agit "d'éviter les mouvements erratiques à la pompe", c'est-à-dire les baisses ou les hausses soudaines qui se succèdent au gré de l'évolution du conflit au Moyen-Orient.
Mais ce mécanisme ne fera baisser les prix que "marginalement", de "quelques centimes par litre", selon Olivier Gantois, pour qui "le marché" décidera véritablement de la variation des prix.
"Nos marges sur les carburants sont de 1 à 2 centimes par litre, elles couvrent à peine les coûts d'exploitation", se défendent les distributeurs, pour qui "ce sont les raffineurs-distributeurs qui ont capté des marges brutes considérables depuis le début du conflit en Iran", et ce alors que, toujours selon les distributeurs, "ce décret ne leur impose strictement rien".
"Et quand il y a un moment de tension comme celui-là, tout le monde se compare au quotidien et veut avoir le prix le plus bas pour ne pas perdre ses clients. Donc on gagne souvent encore moins dans ces phases-là", a expliqué mercredi Dominique Schelcher, le PDG de Coopérative U, sur France Inter .
Mardi, l'essence SP95-E10 se vendait en moyenne en France à 2,001 euros le litre, d'après une moyenne des prix pratiqués à la pompe par 7.213 stations à 11H00. Le SP98 coûtait en moyenne 2,094 euros le litre (sur 7.558 stations) et le gazole, carburant le plus consommé en France, se vendait à 2,323 euros le litre (sur 8.976 stations), selon les chiffres du gouvernement analysés par l' AFP .
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